SNCF: Pourquoi la grève tournante

 

En théorie. Dans la pratique, les usagers ont de quoi s'inquiéter sur la réalité du service fournit par la SNCF entre chaque round de grève. Pour des raisons propres au front syndical, mais aussi pour des raisons techniques liées à la désorganisation de l'entreprise.

 

Voici pourquoi vous ne pourrez pas circuler normalement en train, y compris les jours sans grève.

  • La grève tournante, un compromis syndical qui peut déraper

C'était la priorité numéro une de la négociation intersyndicale: partir en grève ensemble, à la même date. Si la CGT et Sud-Rail ont la culture du conflit frontal, l'Unsa et la CFDT sont classés parmi les réformistes pour leur propension à privilégier le dialogue, la négociation.

 

Plutôt que de se lancer dans une grève classique, reconductible à l'infini, ce compromis permet de réduire l'impact. "Ce calendrier permet de rassurer l'Unsa et la CFDT qui sont moins dans la contestation, admet Bruno Poncet, membre du bureau fédéral Sud-Rail, pour Le HuffPost. On part ensemble et ça permet de le faire accepter à leurs élus et à leurs syndiqués."

Pour ces deux syndicats, le "deux jours sur cinq" permet aussi de présenter une addition moins salée aux grévistes. Hors cadres, les cheminots perdent entre 50 et 90 euros par jours de grève, soit entre 600 et 1080 euros par mois pour 12 jours.

Très bien, mais Sud-Rail ne cache pas sa préférence pour une grève reconductible. "On part en unitaire, les cheminots veulent ça. Ensuite, ce sont eux qui décideront...", reconnaît Bruno Poncet.

Deux jours de grève, trois jours de travail, deux jours de grève, et ainsi de suite... Sud-Rail a peur que l'effet sur le mobilisation soit néfaste.

Or, selon le Parisien, Sud-Rail pèse lourd parmi les cheminots de la région parisienne, il est le premier syndicat chez les aiguilleurs de Saint-Lazare, Paris-Est, Paris Sud-Est et Paris-Nord, et aussi premier syndicat chez les conducteurs de Paris-Est et Paris Sud-Est.

  • La direction de la SNCF insiste sur la désorganisation

"Nous tablons sur un trafic perturbé cinq jours sur cinq, avec les deux premiers jours, très perturbés, et les trois suivants, perturbés, mais moins", a admis Alain Krakovitch, le directeur de Transilie, le 2 avril.

Comme beaucoup de Français l'ont redécouvert lundi 2 avril en fin de journée, les grèves débutent toujours la veille à 19 heures. Et jeudi matin, ils se rappelleront qu'elles durent jusqu'au lendemain 8 heures, au-delà du pic de trafic matinal pour beaucoup d'entre eux.

Sur cinq jours, on tombe donc à deux jours de grèves, et deux jours perturbés a minima.

Et ce n'est pas tout. Le PDG de la SNCF Guillaume Pepy redoute aussi la difficulté de la succession des séquences de grève. "Trois jours après la reprise du trafic, une nouvelle séquence de grève démarrera. Cela va désorganiser complètement la production. Exemple: si l'entretien technique d'un train ne peut être fait à cause de la grève, il ne pourra plus rouler. Et nous finirons par manquer de matériel", craint-il.

  • Réserver un trajet entre deux grèves est déjà très compliqué

Grâce à la publication précoce du calendrier de grève, les Français ont pu s'adapter au mieux pour les trois prochains mois. Résultat, il est déjà très compliqué, ou très cher, de trouver une place sur un train roulant.

Prenons par exemple un train matinal pour Strasbourg, le 11 avril. Trois des quatre premiers trains sont déjà complets, et les seules places restantes sur celui de 7h20 sont proposées à des prix hors normes, entre 286 et 304 euros l'aller simple. L'après-midi, c'est pire. A partir de 15h20 et jusqu'au dernier train de 20h25, les huit trains sont complets.