Santé : Fillon met en garde contre «les forces de l'immobilisme»

Pour clore la polémique sur la «privatisation» de la Sécurité sociale, le candidat prône un «nouveau partenariat entre l'Assurance maladie et les complémentaires».

Dans le couloir qui mène au grand auditorium de la Bourse de Paris, François Fillon attend son tour sous les objectifs des photographes. À la tribune, Audrey Pulvar, animatrice du forum de la Mutualité française, présente le prochain intervenant. «Les acteurs du secteur lui sont gré d'avoir placé la question de la santé au cœur de la campagne», lance-t-elle avec une pointe d'ironie. Le programme de réforme de la protection sociale du candidat avait créé la polémique en décembre en distinguant petits et gros risques, le traitement des premiers remboursés par les complémentaires, celui des seconds par la sécurité sociale. Les opposants à l'ancien premier ministre avaient dénoncé une privatisation de facto de l'Assurance maladie.

À l'évocation de cet épisode, François Fillon serre la mâchoire. Invité mardi à présenter en cinq minutes son projet santé - comme avant lui Emmanuel Macron, Benoît Hamon ou Yannick Jadot -, le député de Paris réplique. «Oui, j'ai voulu placer la santé au cœur de mon projet. Ça m'a valu d'être caricaturé, d'être dénoncé comme le chantre de la privatisation de la sécurité sociale et d'être le faux-nez des assureurs privés», a-t-il expliqué en dénonçant les «forces de l'immobilisme».

«Le système doit être réformé»

Le candidat a cependant profité du forum organisé par la Mutualité française pour clarifier son projet en la matière, sans renier sa volonté de réviser «l'articulation des rôles entre Sécurité sociale et organismes complémentaires»: «ce système doit être réformé, mais il doit rester solidaire et fondé sur la médecine libérale», estime-t-il. Pour cela, il mise sur un «nouveau partenariat entre l'Assurance maladie et les complémentaires» qui doit permettre que le «reste à charge soit le plus proche de zéro pour les dépenses de santé les plus coûteuses pour les ménages». C'est à cette fin qu'il propose la création d'une «agence associant l'État, les caisses de la Sécurité sociale, les organismes complémentaires et les professions de santé».

«Nous ferons 20 milliards d'économies sur cinq ans, avec des mesures d'efficience et en maintenant la progression de l'Ondam (le montant prévisionnel des dépenses de l'assurance maladie) en deçà de 2%», explique encore le candidat. Une perspective qui laisse sceptique Thierry Pech. Le directeur général du think tank Terra Nova juge insuffisant le chiffrage du candidat, en particulier quand il ajoute de nouvelles mesures comme la consultation préventive générale et bisannuelle. «C'est un milliard d'euros par an, cinq milliards sur le quinquennat», estime-t-il. «Je fais le pari que la prévention, ça rapporte», lui répond François Fillon.

Date de dernière mise à jour : 05/03/2017