Salon de l'agriculture : la parade amoureuse de Macron

Ce mardi matin, les paysans du Salon de l'agriculture préparaient leurs armes pour recevoir les deux poids lourds de la présidentielle : François Fillon et Emmanuel Macron. La veille, ils avaient batifolé avec Marine Le Pen ; aujourd'hui, ils espéraient recoller les morceaux avec l'ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy, ou encore se faire compter fleurette par le fondateur du mouvement En marche !, qui lors de sa visite a reçu un œuf sur la tête. "Cela fait partie du folklore", a-t-il déclaré.

 


C'est que le monde paysan est plus déboussolé que jamais devant le spectacle affligeant de la classe politique dans son ensemble. À droite comme à gauche. « Entendez-vous les casseroles de nos candidats ? » lance avec moquerie un éleveur lorsque retentissent les cloches des vaches Abondance. Première désillusion, François Fillon qui avait annoncé sa visite pour 8 heures (bien avant l'ouverture officielle du salon) fait faux bond. On apprend bientôt qu'il ne viendra pas (il s'y rendra, finalement, dans l'après-midi). Certains éleveurs s'en étonnent, puis se disent écœurés. Ils auraient bien aimé lui demander des explications sur la suppression des quotas laitiers sous son gouvernement et sur les revenus de son épouse. « Ma vache que j'ai élevée de nombreux mois vaut 900 euros. Combien de temps mettait-elle pour gagner cette somme ? Dix jours ? » marmonne un éleveur.
Bientôt, les plus folles rumeurs volent de stand en stand. « Il est arrêté ! » , « il est mis en examen ! », « il renonce à se présenter ! » Les fillonnistes sont incrédules, mais ils veulent faire bonne figure en alléguant qu'ils le soutiennent toujours. Quelques dizaines d'agriculteurs se réunissent autour du stand d'Europe 1 pour écouter la déclaration de François Fillon affirmant qu'il poursuivra la campagne présidentielle malgré la convocation des juges. Quelques maigres applaudissements s'élèvent à la fin de son intervention. Pas l'enthousiasme. Plusieurs éleveurs, habitués à voter à droite, commencent à dire qu'ils sont intéressés par la candidature Macron.


« Macron me fait penser à Kennedy »


Justement, l'ex-ministre de l'Économie doit commencer sa visite à 10 h 45. Une foule de journalistes et de curieux se rassemble de part et d'autre du tapis rouge qu'il devrait fouler dans le Hall 1. L'attente est longue, de plus en plus longue. Viendra-t-il ? Ne viendra-t-il pas ? Un petit costaud, dans la foule, entame des chants bayonnais. Finalement, voilà l'« homme nouveau », charmeur comme à son habitude. La forêt de micros qui l'enserre vaut bien celle qui cernait Marine Le Pen, hier. Il se laisse porter de stand en stand. Un grand escogriffe barbu se précipite pour lui serrer la main en hurlant : « Je vote pour toi, Macron ! Vive la France ! » C'est un peu « too much » pour être véritablement spontané. Mais qu'importe, il poursuit sa route. Peu d'agriculteurs ont eu le temps de prendre connaissance de son programme agricole, révélé la veille dans une ferme de Mayenne. Pour autant, son charme naturel semble agir. Éleveur de Salers dans le Cantal, Daniel Vigier le regarde passer avec le sourire. À 70 ans, il revendique sa « macronite » : « On a besoin de changement, il représente la jeunesse. Vous savez à qui il me fait penser ? À Kennedy. Je voterai pour lui. »

Un monde agricole perdu


Un peu plus loin, Michel Baudot, éleveur de Charolais en Côte-d'Or, est moins charmé par le candidat, mais il s'avoue fortement déstabilisé par le Penelopegate. « J'avais décidé de mon vote voici un mois, maintenant je ne sais plus. Y a peut-être une chasse à l'homme contre François Fillon, mais quelque part il y a changement de son discours de départ qui me dérange. » Poussé dans ses retranchements, il finit par avouer qu'il pourrait voter Le Pen comme... Macron : « Pourquoi pas ? Il donnera peut-être un coup de pied dans le carcan administratif. Mais il lui faudra une majorité derrière lui. »
On a pu le constater en parcourant les allées du salon : le monde agricole est perdu. Qui croire ? Qui suivre ? Lequel des candidats à la présidentielle tiendra ses promesses ? Probablement aucun, pensent-ils tous. Mais il faudra voter. Mais alors, pour qui ? Si certains s'accrochent avec l'énergie du désespoir à François Fillon, qui a fini par arriver au salon vers 15 heures, d'autres très nombreux ont basculé depuis longtemps dans les bras de Marine Le Pen. Mais la nouveauté, c'est que les paysans sont de plus en plus nombreux à se montrer sensibles aux œillades d'Emmanuel Macron.

Date de dernière mise à jour : 03/03/2017