Philippe Evain, le pilote en première ligne du mouvement

L’image a fait grincer quelques dents. En cette fin de matinée du 11 avril, à Roissy, représentants des pilotes, des hôtesses et stewards et des personnels au sol sont assis côte à côte à l’occasion d’une conférence de presse de l’intersyndicale d’Air France.

Ceux que l’on remarque, ce sont les pilotes sanglés dans leur uniforme. Surtout Philippe Evain. L’œil bleu délavé, la chemisette bien repassée, assis devant une forêt de drapeaux rouge de la CGT, le président du Syndicat national des pilotes de ligne (SNPL) égrène les revendications communes des grévistes.

Pour certains, cette solidarité affichée avec les autres catégories de personnels passe mal. Surtout après treize journées de grève qui ont coûté plus de 300 millions d’euros à Air France.

« C’est en rupture avec la tradition du SNPL », tempête un pilote, opposant déclaré à l’actuelle direction du syndicat. Selon lui, cette démarche unitaire ferait dévier le syndicat de son plan de vol habituel. Il enfonce le clou : « Le SNPL est une organisation corporatiste qui a vocation à être dans une logique de cogestion et de savoir-négocier » avec la direction, « un syndicat réformiste ».

« Fibre sociale »
Depuis sa nomination à la présidence du syndicat en décembre 2014, Philippe Evain fait face à l’accusation récurrente d’intransigeance. En clair, il ne saurait pas négocier. « Sa stratégie d’intersyndicale n’a pas convaincu », dénonce un pilote mécontent et désormais « le compromis est impossible » avec la direction. « M. Evain a un problème avec les limites », s’emporte un dirigeant de la compagnie. Le SNPL « entraîne Air France vers le fond » et son président « se prend pour le Lider Maximo », taclait Laurent Berger, le patron de la CFDT, le 29 avril.

Paul Farges, commandant de bord sur A320, élu avec M. Evain, au bureau du SNPL, s’insurge contre ce portrait à charge. Selon lui, le président du SNPL...

 

Date de dernière mise à jour : 06/05/2018