Passer de 4 à 3 opérateurs mobiles, ça peut changer quoi pour le prix

Atlantico : L'annonce de l'offre d'achat de Bougyues par SFR à hauteur de 10 milliards d'euros a suscité les inquiétudes des associations de consommateurs. Cédric Musso, directeur de l'action politique à UFC-Que Choisir a ainsi estimé que "le passage de 4 à 3 opérateurs entraîne toujours une hausse des prix pour les consommateurs, on a pu l'observer partout en Europe, comme en Autriche dernièrement". A-t-il raison de s'inquiéter ? Les deux situations sont-elles comparables ?
 
Pierre Ledru : Tout d’abord il faut noter que pour l’heure il ne s’agit que d’une offre d’achat à laquelle il n’a pas encore été répondu par Bouygues Telecom. Ensuite, même si cet avis n’est qu’un vœu pieux, M. Macron, ministre de l’Economie, a déjà émis des réserves qui font écho aux déclarations de UFC-Que Choisir. Enfin, comparer la situation autrichienne à celle de la France est délicat, la population, et donc la clientèle, y est beaucoup plus faible, l'économie en meilleure santéet loin des risques déflationnistes… ce qui permettrait une augmentation des prix proportionnelle à celle des revenus des Autrichiens.
 
Gérard Pogorel : Permettez-moi d’élargir le débat. La question centrale est celle du dynamisme de l’industrie des télécommunications en Europe. Par dynamisme, j’entends la capacité d’innovation, d’investissement et de contribution à la croissance. Il faut sortir du cercle vicieux dans les télécommunications : "basse consommation, bas tarifs, bas investissements". Ce qui importe ce n’est pas le nombre d’opérateurs domestiques sur un marché donné à un moment donné, c’est la capacité du secteur à vivre et produire dynamiquement.  Cela veut dire étendre la couverture 4G aujourd’hui, or l’Europe est en retard par rapport aux Etats-Unis et au Japon, sans parler de la Corée. Et demain, dès 2018-20, il s’agira de la 5G. Il faut des opérateurs dynamiques internationalement, en Europe et dans le monde, pour faire le poids dans la définition...