Les excuses tardives et les non-dits de François Fillon

Était-ce un mea culpa ou une contre-attaque ? « Un peu des deux. Un exercice de contrition limpide et un rappel à l'ordre destinés à certains afin de se relancer dans la campagne », explique un filloniste après la conférence de presse organisée lundi par François Fillon. Presque deux semaines après les premières révélations sur les soupçons d'emploi fictif de son épouse Penelope, François Fillon a présenté ses « excuses », tout en reconnaissant une « erreur » : celle d'avoir embauché des membres de sa famille.

 

Face à près de 200 journalistes – qu'il a accusés d'avoir voulu le « lyncher » et « l'assassiner » médiatiquement –, François Fillon a assuré que « les faits évoqués » étaient « légaux et transparents ». « Je n'ai rien à cacher », a-t-il déclaré depuis son QG de campagne dans le 15e arrondissement de Paris. « Je vais publier sur Internet dans la soirée un tableau des rémunérations percues par mon épouse ainsi que ma déclaration telle que je l'ai transmise à la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique en décembre. » Et le candidat de la droite et du centre à la présidentielle de se livrer à un exercice de transparence quasi complet, détaillant pêle-mêle son patrimoine : sa maison de la Sarthe évaluée à 750 000 euros, les 44 % de la nue-propriété de la maison de son père au Pays basque pour 134 000 euros et le tiers de la nue-propriété de la maison paternelle dans la Sarthe (41 300 euros). François Fillon n'en a même pas oublié ses 17 comptes bancaires : « 2 PEA, 2 comptes titres, 2 assurances-vie, 2 comptes épargne logement, 2 plans épargne logement, 3 comptes courants, 1 compte joint, 1 compte espèces, 1 livret de développement durable et 1 livret A ». Lui qui jurait n'avoir qu'un seul compte il y a encore une semaine...


Fermez le ban ! 


C'est un François Fillon remonté et quelque peu agressif qui s'est présenté devant la presse. À la journaliste de Mediapart qui lui demandait s'il avait « menti » au JT de TF1 lorsqu'il déclarait – avant de nouvelles rélévations – que Penelope avait travaillé « bénévolement », François Fillon a violemment répondu : « Vous êtes de Mediapart ? Au passage, moi, je n'ai jamais eu de redressement fiscal. » Aux parlementaires Les Républicains comme Georges Fenech qui évoquaient son retrait ou un plan B, le candidat a balayé tout renoncement : « Il n'y a pas de plan B. Le plan B, c'est Berezina ! Aucune instance n'a la légitimité pour remettre en cause le vote de la primaire. » Le candidat de LR a voulu rapidement fermer le ban, appelant au démarrage d'une « nouvelle campagne » dès 18 heures, heure à laquelle il réunissait son comité stratégique de campagne.
Reste que François Fillon n'a pas répondu à toutes les zones d'ombre des affaires dans lesquelles il est empêtré. Il s'est même livré à certaines justifications hasardeuses. À aucun moment, le candidat de la droite n'a évoqué les notes de lecture de Penelope Fillon rémunérées pour un total de 100 000 euros brut entre mai 2012 et décembre 2013 à La Revue des deux mondes détenue par l'homme d'affaires Marc Ladreit de Lacharrière. Dans sa défense, il a également assuré avoir « encadré » certaines dépenses de ses collègues lorsqu'il était Premier ministre, notamment celles concernant les déplacements en avion de l'État. Or, en 2007, Le Canard enchaîné épinglait pourtant les déplacements coûteux du Sarthois à Matignon. En taclant l'émission Envoyé spécial, François Fillon a aussi assuré que la journaliste britannique à qui Penelope Fillon déclarait en 2007 dans une interview n'avoir jamais été l'assistante de son mari avait appelé son épouse et s'était declarée « choquée ». Des affirmations que la reporter Kim Willsher a immédiatement réfutées sur Twitter.

Date de dernière mise à jour : 13/02/2017