La gauche et le libéralisme : la grande réconciliation ?

Il fut un temps, le 19ème siècle, où la liberté était une idée de gauche, quand  les députés libéraux limitaient le travail des enfants dans les mines et les fabriques et se battaient pour la légalisation des syndicats et le droit de grève. À la même époque, le socialisme était encore une utopie, avec les fouriéristes dans leurs phalanstères et les fidèles du Père Enfantin, à Ménilmontant, qui portaient des gilets se boutonnant dans le dos pour symboliser leur solidarité.

Puis Marx et Engels annoncèrent, en 1845 dans L’Idéologie allemande, que le communisme serait un jour « le mouvement réel qui abolit l’état actuel des choses. » Depuis, la gauche, intoxiquée par « l’orgueil marxiste » (l’expression est de Raymond Aron), n’est plus la même, et le libéralisme, chassé à grand coup de faucille et de marteau, s’est réfugié dans le giron de la droite où il est depuis trop longtemps confiné au seul domaine de l’économie. Nous voici donc face à deux trahisons : celle de la gauche qui n’est plus libérale, et celle du libéralisme qui n’est plus à gauche.

Les élections de 2017 seront-elles le moment de leur grande réconciliation ? Le libéralisme y retrouverait ses racines, et la gauche les moyens de sa modernité.

Emmanuel Macron et Manuel Valls

Deux candidats peuvent prétendre avec quelque crédit mener à bien ces retrouvailles : Emmanuel Macron et Manuel Valls. L’un et l’autre s’inscrivent à gauche et ont plaidé la réforme. Quand il était à Bercy, Macron a tenté de libéraliser l’économie et de moderniser les règles du travail. Valls, durant les primaires de la gauche de 2011, avait promis de « déverrouiller les 35 heures » et de ne pas revenir à la retraite à 60 ans. Le très libéral hebdomadaire britannique The Economist chanta ses louanges en affirmant qu’il était le seul « à regarder la réalité fiscale de la France en face ».

Le temps d’un quinquennat Hollande a fait son oeuvre et la gauche a volé en éclats. Macron, qui suscite un intérêt certain chez l’auteur de ces lignes, semble parti sur une orbite lointaine sur laquelle il a écrit un livre qui porte un beau titre, Révolution, mais qui n’est pas encore un programme. Sans doute ne sait-il pas trop quoi faire de l’impossible synthèse des données du laborieux porte-à-porte de son mouvement En Marche ! Le bottom-up, c’est bien, mais c’est compliqué. Macron promet de « regarder les réalités en face » et, en ce sens, il rejoint « la modestie libérale » (encore Aron).

Mais l’on attend de lui un peu plus qu’une méditation sur une « révolution démocratique » (oxymore ?) dont il n’a pas encore dessiné les contours.

Quant à Valls, avec ses regards farouches et ses mâchoires serrées, il aura un certain mal à personnifier une gauche moderne, confiante et optimiste, prête à se rassembler sur des réformes libérales qui remettront bien sûr en cause les intérêts de tous ceux, nombreux parmi ses électeurs potentiels, qui vivent aux dépens de l’État.

D’abord la victoire aux élections

Le premier enjeu, pour l’un et l’autre, est la victoire aux élections. Disons que ce n’est gagné ni pour l’un ni pour l’autre. Macron pourra compter sur le centre droit qui aime bien l’Europe et a peur de Fillon, si toutefois Bayrou ne lui savonne pas la planche, et sur les déçus de Hollande qui étaient déjà, en 2012 des déçus de Sarkozy. C’est une base étroite et peu engageante.

Reste la jeunesse, si jamais elle se décidait enfin à voter, et quelques esprits éclairés à gauche et chez les libéraux. C’est encore plus compliqué pour Valls, toujours fâché avec tout le monde. Il n’aura bien sûr ni l’appui de la bande Hollande-Aubry et Cie, ni de la gauche de la gauche, ni moins encore des Mélenchonistes. Le centre et les libéraux lui préféreront Macron. Il ne peut pas non plus renier un quinquennat au sein duquel il a joué un rôle majeur. Il lui faudra donc assumer un héritage difficile tout en cajolant ses ennemis qui le prennent pour un social-traître. Cala semble un peu mission impossible, mais il ne faut jamais dire jamais en politique.