L'apprentissage politique d'Emmanuel Macron"

C'était donc l'épreuve du feu lundi 26 janvier pour Emmanuel Macron. Le ministre de l'Économie a défendu sa loi devant l'Assemblée nationale. A-t-il été à la hauteur de la situation. En tout cas, il a fait tout ce qu'il fallait. Il est appliqué, l'élève Macron.
 
La semaine dernière en commission, il n'a pas ménagé sa peine. Ses amis de Bercy racontent qu'il n'a pas lâché le morceau de 8 heures à 3 heures du matin. Visiblement, c'est ce qui bluffe tout le monde : sa résistance physique. C'est vrai qu'il n'a que 37 ans.
 
Il maîtrise déjà l'art du compromis
 
Mais il n'y pas que cela, évidemment. Il maîtrise déjà à la perfection l'art du compromis. Il a réussi la semaine dernière à se mettre dans la poche des proches de Martine Aubry, et même quelques UMP. Au point, parfois, de vider certains articles. Preuve en est le volet sur le travail le dimanche : finalement, ce sontles maires qui auront toute latitude pour ouvrir ou fermer.
 
Reste que le compromis est une grande qualité en politique. Surtout quand on présente une loi importante, en tout cas sur laquelle le Président compte beaucoup. C'est une sacrée charge
 
Même si cela fait cinq mois qu'Emmanuel Macron se prépare à présenter cette loi devant le Parlement, ce n'est pas la même chose de la défendre en commission et devant 577 députés. C'est impressionnant le Palais-Bourbon, quand on n'est pas un professionnel de la politique.
 
Histoire de faire tomber la pression le moment venu, le président de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone, avait invité le tout jeune ministre de l'Économie, un lundi soir, à venir visiter l'hémicycle vide.
Pour ne pas se laisser impressionner, Emmanuel Macron avait demandé à Claude Bartolone quelles avaient été les questions qui l'avaient le plus marqué, et quelles avaient été les réponse du gouvernement. Studieuse, la visite.
 
Pas un "meilleur d'entre nous"
 
Alors, est-ce pour autant un nouveau "meilleur d'entre nous" ? C'est amusant, parce que justement non. En tout cas, lorsqu'on discute avec ceux qui le fréquentent ou qui l'ont croisé, même certains de ses adversaires politiques, tout le monde est d'accord pour dire qu'il n'est ni un Juppé, ni un Fabius, dont on dit toujours que ce sont de belles mécaniques intellectuelles.
 
Tout le monde insiste pour dire qu'Emmanuel Macron n'a pas le côté froid, hautain ou impersonnel de ses aînés. Il y en même à droite, des anciens, qui le comparent à Pompidou. On entend parler d'un Macron humaniste, empathique, d'humeur constante, pas dogmatique, etc.
 
Aussi incroyable que cela puisse paraître, la mission qui consiste à trouver quelqu'un qui critique sa personne et son caractère est impossible.
 
Bourdes à répétition
 
Il n'aurait donc pas de défauts ? Si, mais ce sont plutôt des faux-pas politiques. Il a fait quelques bourdes. Ainsi, à la veille de sa nomination, il explique dans Le Point qu'il fallait autoriser les entreprises à déroger aux 35 heures. Le recadrage de Matignon a été immédiat. Pour sa défense, il a accordé cet entretien alors qu'il ne savait pas qu'il allait être nommé à Bercy.
 
On se souvient aussi des ouvrières de Gad et de ce mot malheureux ("illettrées") qu'il prononce à la radio. Dans cette affaire, on l'a vu pousser l'abnégation au point d'aller rendre visite la semaine dernière aux salariés de Gad, de s'excuser et d'accueillir le cadeau qu'on lui a fait (des pâtes alphabet).