je ne suis pas en capacité d'être le porte-parole de François Fillon"

A l'unanimité." Lundi 6 mars au soir, le comité politique déclare par la voix du président du Sénat, Gérard Larcher, qu'il "a renouvelé à l'unanimité son soutien [à François Fillon] et s’engage à œuvrer au rassemblement des familles politiques de la droite et du centre autour de lui et du projet qu’il porte pour le redressement national". Mais, si dans la composition de ce comité politique, on retrouve des fillonistes, il y avait aussi des indécis voire d'anciens piliers de la campagne de François Fillon qui ont claqué la porte.

Thierry Solère est l'un d'entre eux. Proche de Bruno Le Maire et organisateur de la primaire de la droite et du centre, le député de l'Eure était surtout le porte-parole de François Fillon avant de finalement démissionner. A-t-il changé d'avis ? Comment faut-il comprendre "l'unanimité" de la décision du comité politique ? Franceinfo a interrogé Thierry Solère. 

Franceinfo : Comment expliquez-vous que le comité politique, dont vous faites partie, renouvelle à l'unanimité son soutien à François Fillon ? 

Thierry Solère : C'est la présentation qui est faite des choses. C'est très simple. François Fillon arrive, il confirme qu'il est candidat à l'élection présidentielle et que les plans B, il n'y en a plus. Alain Juppé a expliqué qu'il ne serait pas candidat et l'alternative Baroin n'existe plus. C'est donc un état de fait. C'est devenu le seul candidat. On vient de vivre un scénario absolument incroyable. Acte 1 : la primaire a donné un résultat tranché, on a un candidat incontesté. Acte 2 : il se passe ce tourbillon politico-médiatico-judiciaire qui empêche et parasite très largement la campagne. Acte 3, et c'est pour ça que je suis parti, François Fillon a expliqué que s'il était mis en examen, il ne serait pas candidat à la présidentielle. Je lui ai expliqué que je ne pouvais plus être son porte-parole. 

Et vous ne reviendrez pas dessus ? 

Ah, non. J'ai quitté mon poste de porte-parole pour des raisons qui me semblent assez structurantes et qui n'ont pas changé aujourd'hui. Je ne suis pas en capacité d'être le porte-parole de François Fillon. La situation n'est pas simple. Je prends acte qu'il est le candidat de ma famille à l'élection présidentielle. Je ne jouerai pas contre mon camp. J'en suis député, c'est pour ça que j'ai voulu assister à ce bureau politique. Il n'y a eu aucun vote. Et puis, il n'y a pas besoin de faire un vote pour constater une réalité. 

Quel va donc être votre rôle dans ce qu'il reste de la campagne ? 

Rien de très particulier. Je constate la situation dans laquelle nous sommes. François Fillon, qui avait un boulevard devant lui, je ne vais pas paraphraser Alain Juppé, est aujourd'hui dans cette situation-là. Tous les plans alternatifs qui auraient consisté à ce qu'il se retire, pour que quelqu'un d'autre le remplace, ont échoué. Et donc François Fillon confirme qu'il va au bout de sa candidature. Il en a tout à fait le droit, juridique, financier, opérationnel et politique.

Vous allez donc observer un certain devoir de réserve ? 

Je ne dirais pas ça non plus. De toute façon, je vais me faire opérer de la cheville, je serai en convalescence. Je n'irai pas entraver François Fillon dans cette affaire. Je pense que les valeurs qu'il porte sont les bonnes et c'est maintenant aux Français de choisir dans moins de cinquante jours. J'ai loyalement, pendant deux mois et demi, porté sa parole. Mais j'ai quitté ce porte-parolat pour une raison très simple : je ne peux pas porter la parole de quelqu'un qui est mis en examen.