Hamon, Macron, Fillon... Pour qui voteraient les élus belges

Tout va très vite en football." La réplique la plus entendue dans le monde du ballon rond est parfaitement applicable à la politique, en ces temps où les repères démocratiques sont brouillés. Prenez le MR, par exemple, pratiquement contraint d’exprimer sa préférence envers Emmanuel Macron, un ancien ministre socialiste.

"La Libre" s’est livrée à un sondage express auprès de politiques belges francophones afin de savoir pour quel candidat ils voteraient à l’élection présidentielle française des 23 avril et 7 mai prochains. A l’époque de la primaire de la droite et du centre, les libéraux soutenaient assez largement Alain Juppé. Logique. La ligne politique du maire de Bordeaux est proche de celle du MR. En plus, il incarnait une forme de force tranquille contre la politique très contestée, y compris au PS, du président socialiste François Hollande.

Fillon, son conservatisme, ses affaires

Pas de chance pour la plupart des MR, c’est François Fillon qui a gagné. Récemment, deux ministres MR nous résumaient le dilemme Fillon. Certes, le candidat des Républicains est de droite mais, d’une part, ses propositions socio-économiques sont jugées peu crédibles et, d’autre part, son conservatisme sur les questions éthiques (notamment sur l’avortement ou le mariage pour tous) ne correspond pas du tout à la ligne des réformateurs.

Le soutien à Fillon n’était donc pas naturel, avant même que ne s’ajoute le scandale des présumés emplois fictifs de son épouse et ses enfants. La rupture est quasiment consommée. Même une personnalité telle que Pierre-Yves Jeholet, qui avait pris le parti de François Fillon lors de la primaire, est à présent hésitant. Les libéraux donnent clairement leur préférence à Emmanuel Macron - soit par défaut, comme Gérard Deprez, soit par conviction, à l’instar de Christine Defraigne.

En fait, Macron, c’est le choix commode. Pour le MR donc, car le candidat du mouvement En Marche a des propositions de nature libérale. Mais aussi pour le CDH, depuis que le centriste François Bayrou, le favori des humanistes francophones, s’est rallié à lui en milieu de semaine.

La surprise Hamon

Tout va très vite. Le PS francophone s’attendait à être gêné aux entournures s’il avait fallu soutenir François Hollande ou l’ex-Premier ministre Manuel Valls, alors qu’il avait été critique envers leurs politiques économiques. Finalement, Benoît Hamon a créé la surprise en remportant la primaire de la gauche grâce à une campagne axée sur des marqueurs traditionnels de la gauche, tels que la réduction du temps de travail. Le ralliement des socialistes francophones n’en est que plus massif, même si certains ont des réserves importantes sur sa proposition d’allocation universelle - pour Claude Eerdekens, c’est même rédhibitoire.

Enfin, chez les écologistes, le candidat Yannick Jadot ayant annoncé jeudi soir son ralliement à Benoît Hamon, c’est plutôt vers ce dernier que l’on se tourne. Dans cette élection française, décidément, tout va très vite.

 

Ceux qui voteraient Hamon (9 sur 28)

 

Jean-Marc Nollet (Ecolo): "A défaut de Yannick Jadot ou Nicolas Hulot, je choisirais Benoît Hamon. Avec l’obligation de changer ce système électoral désuet.”

Ahmed Laaouej (PS): “Je soutiens Benoît Hamon, sans hésiter ! Il incarne la gauche socialiste et propose une vision claire de la société, de l’économie et de la politique sociale. 
Sa difficulté, c’est que Jean-Luc Mélenchon, comme le PTB, divise la gauche, ce qui risque de faire gagner la droite.”

Rudi Vervoort (PS): “Je soutiens Benoît Hamon. Il incarne un espoir de reconstruction de la gauche française. Au-delà [de l’élection] de mai prochain, c’est ce symbole que je veux retenir.”

Paul Magnette (PS): Paul Magnette avait exprimé son soutien à Benoît Hamon dans une vidéo “parce qu’il incarne une vraie gauche, qui n’a pas peur d’être elle-même, fière de ses valeurs, pleinement socialiste et écologiste, une gauche européenne mais sans naïveté […]. Bref, la gauche comme on l’aime.”

Philippe Lamberts (Ecolo): Yannick Jadot ayant annoncé son désistement, ce serait Benoît Hamon. Mais rarissimes sont les socialistes qui intègrent la contrainte écologique.”

Elio Di Rupo (PS): Nous nous rejoignons sur de nombreuses mesures : réduction du temps de travail, salaire minimum européen, protection sociale renforcée, etc.‬”

Zoé Genot (Ecolo): “Il incarne une gauche novatrice aux préoccupations environnementales. Il a choisi de participer aux primaires (NdlR : plutôt que de se présenter d’office) en vue de diminuer le nombre de candidats à gauche (l’éparpillement des voix risque de laisser le terrain libre aux apôtres de l’inégalité).”

Charles Picqué (PS): Je choisirais Benoît Hamon mais avec de sérieuses réserves, essentiellement sur le revenu universel. Je ne suis pas favorable à ce principe, les politiques sociales doivent rester différenciées en fonction du revenu des gens. J’ai aussi des doutes sur sa politique pour les banlieues.”

Willy Demeyer (PS): “J’ai beaucoup de sympathie pour Pierre Larrouturou, que je connais, mais je voterais pour Benoît Hamon parce que je suis en accord avec ses idées, j’apprécie sa personnalité et il est le candidat qui a gagné la primaire de la gauche. Et je pense que le PS doit rester le socle de la gauche.”

 

Ceux qui voteraient Macron (13 sur 28)

 

Christine Defraigne (MR): “Je choisis Emmanuel Macron par défaut, mais il me paraît la meilleure synthèse. J’aime l’idée de trouver la ligne de démarcation entre conservateurs et progressistes et de dépasser le clivage gauche-droite. Jamais je ne soutiendrai ce conservateur moralisateur de Fillon qui est maintenant grillé.”

Céline Fremault (CDH): “Je voterais pour Emmanuel Macron parce qu’il transcende les vieux clivages gauche-droite et donne aux jeunes générations le goût de la politique. J’attends avec impatience de lire l’ensemble son programme.”

Louis Michel (MR): “François Bayrou le soutient, c’est un indicateur essentiel car Bayrou est un allié au niveau européen (ils sont dans le même groupe parlementaire, NdlR) . Emmanuel Macron défend l’économie de marché redistributive. Son profil est celui du libéralisme de progrès dans lequel je me retrouve totalement.”

Olivier Maingain (Défi): “Emmanuel Macron représente l’équilibre du libéralisme social qui est notre ligne de conduite.”

Olivier Chastel (MR): “Ni de gauche, ni de droite, il est libéral sur le plan économique. C’est un homme pragmatique conscient des défis de la société de demain (importance de réformer le travail, les pensions, la fiscalité) mais aussi de ses opportunités : développement de l’économie numérique et réponse au défi de la mondialisation.”

Dimitry Fourny (CDH): "Dans l’attente de son programme complet, il a une posture intéressante : pour l’Europe, pour le rassemblement, il dépasse 
les clivages avec des propositions de gauche comme de droite.”

Denis Ducarme (MR): “J’avais déjà salué son libéralisme social quand il était ministre. Les libéraux ne sont pas des conservateurs, François Fillon oui. Mais j’attends les propositions d’Emmanuel Macron en matière de sécurité.”

Claude Rolin (CDH): “J’aurais voté François Bayrou. Son alliance avec Emmanuel Macron ouvre un nouvel espace politique, à condition de s’engager concrètement à mettre la finance et l’économie au service de l’humain et de répondre aux attentes sociales.”

Catherine Fonck (CDH): “Je soutiens Emmanuel Macron, même si je ne suis pas complètement convaincue. Cela dit, il est pro-européen, porteur de solutions plutôt que de dogmes et il bouscule une certaine forme de particratie.”

Gérard Deprez (MR): “J’aurais voté Juppé. En son absence, je ne vois aucun autre choix possible qu’Emmanuel Macron. Mélenchon est irresponsable, Hamon défend des propositions qui ne sont pas sérieuses, Fillon est hors course (en raison du scandale qui le frappe, NdlR) et je ne parle même pas de Marine Le Pen…”

Benoit Lutgen (CDH): “Les programmes de tous les candidats ne sont pas encore connus. Il m’est donc difficile de poser un choix définitif. Une élection à la présidence est une question de personnalité, mais aussi de contenu. A ce stade, ballottage favorable pour Emmanuel Macron.”

André Antoine (CDH): “J’aurais voté avec passion et conviction pour François Bayrou, un intellectuel authentique qui s’est battu toute sa vie pour composer le centre en France. Il saisit à présent l’opportunité avec Emmanuel Macron. Mais j’attends ce dernier sur son programme. Il doit publier quelque chose de consistant.”

Claude Eerdekens (PS): Emmanuel Macron est un homme moderne, à l’image du maire PS de Lyon, Gérard Collomb, qui le soutient. Quant à Benoît Hamon, il est politiquement irresponsable avec son idée d’allocation universelle. On ne peut pas gâcher l’argent du citoyen. Une société se bâtit aussi par le travail.”

 

Les indécis entre Macron et Fillon (2 sur 28)

 

Jean-Luc Crucke (MR): “A ce stade, mon choix n’est pas arrêté entre Emmanuel Macron et François Fillon. Les casseroles de Fillon me perturbent et sa position sur l’avortement est contraire à mes convictions. En ce qui concerne Macron, j’attends qu’il confirme abandonner toute référence au socialisme.”

Pierre-Yves Jeholet (MR): “Non aux extrêmes ! Les affaires pour François Fillon et l’absence de programme pour Emmanuel Macron font que je suis indécis. J’attends la confrontation d’idées.”

 

Ceux qui voteraient Fillon

 

Personne.

 

Celui qui voterait Mélenchon (1 sur 28)

 

Raoul Hedebouw (PTB): “Je voterais pour Jean-Luc Mélenchon en raison de son opposition aux traités européens et aux multinationales, ainsi que pour son ambition sociale et écologique.”

 

Celui qui hésite entre Hamon et Macron (1 sur 28)

 

Christos Doulkeridis (Ecolo): “Je n’aime pas le système français qui impose de faire des calculs stratégiques au premier tour. Par dépit, je voterais soit pour Benoît Hamon en raison des priorités vertes intégrées à son programme grâce à Yannick Jadot, soit pour Emmanuel Macron afin d’empêcher un duel Fillon-Le Pen au 2e tour.”

 

Les autres (2 sur 28)

 

 

Philippe Maystadt (CDH) voterait Pierre Larrouturou car Pierre est un ami, un Européen convaincu, un homme intègre, et j’apprécie le dialogue avec lui, même lorsque nous n’avons pas les mêmes positions au départ” (Philippe Maystadt avait annoncé son soutien à Pierre Larrouturou dans une vidéo diffusée dès décembre 2016, NdlR).

Zakia Khattabi (Ecolo) est indécise. “Mon candidat était Yannick Jadot… Aujourd’hui, après sa défection, difficile de me prononcer car je ne crois pas à une victoire de la gauche. L’enjeu pour elle n’est plus tant la présidentielle que le renouveau du paysage politique à gauche. Cela dit, je ne voterais pas pour Mélenchon, ça, c’est sûr.”

Date de dernière mise à jour : 28/02/2017