Fillon voit dans sa candidature

Du bout des lèvres, François Fillon l'a avoué lundi à La Réunion: faire campagne sous la menace d'une mise en examen, «ce n'est pas totalement une partie de plaisir». Il a eu beau s'efforcer de donner le change depuis son arrivée sur l'île, samedi matin, tout le ramène toujours à cette décision de justice à laquelle il ne veut pas croire. «Je ne vois pas comment ça pourrait se produire, on serait dans une quasi-voie de fait», a-t-il confié aux journalistes qui couvraient son déplacement, lors de son unique échange avec eux.
 
Le candidat admet avoir « mis un peu plus de temps que d'autres » à réaliser qu'employer des membres de sa famille « suscitait des soupçons », mais il s'estime victime d'« une injustice profonde »
 
Une demi-heure à bâtons rompus pour montrer que sa «détermination» est intacte. Le candidat admet avoir «mis un peu plus de temps que d'autres» à réaliser qu'employer des membres de sa famille «suscitait des soupçons», mais il s'estime victime d'«une injustice profonde». Ce qui n'empêche pas les maladresses. Avoir demandé aux parlementaires de lui donner «quinze jours» pour que son innocence soit reconnue? «Honnêtement, c'était une erreur», concède-t-il. Parler de «misogynie» quand Le Canard enchaîné l'a accusé d'avoir fourni des emplois fictifs à son épouse Penelope? «Ce n'était pas une formule très heureuse.» Et pourquoi diable avoir attendu quinze jours pour mettre en cause la compétence du parquet national financier, s'il était vraiment convaincu que son auto-saisine constituait «une atteinte à la séparation des pouvoirs »? «Parce qu'on ne l'avait pas vu avant», lâche-t-il, en plaidant «une certaine naïveté».
 
Convaincu d'être la cible d'une opération politique, il n'imagine pas que les manifestations d'hostilité contre lui puissent être spontanées. «Vous me prenez pour un con?, s'offusque-t-il. Bien sûr que c'est coordonné!» À La Réunion, il y a eu droit à chaque étape de sa visite ou presque, par petits groupes d'une trentaine d'opposants au grand maximum, comme lundi à Saint-Denis. Il n'est jamais allé à leur rencontre. «Dialoguer avec des manifestants d'extrême gauche ou socialistes n'est pas ma priorité absolue, ironise-t-il. Ma priorité absolue, c'est de mobiliser l'électorat de droite et du centre qui veut éviter de se retrouver sans candidat.»

Date de dernière mise à jour : 15/02/2017