Fillon, la campagne impossible

Menacé par une mise en examen et contrairement à un engagement de retrait qu’il avait pris dans cette hypothèse, François Fillon a tenté dimanche de relancer sa campagne à Paris puis lors d’un  journal télévisé.

En s’appuyant sur les inconditionnels de sa candidature, venus en nombre au rassemblement du Trocadéro, François Fillon prétend continuer, vaille que vaille. Mais sa détermination se heurte à ses adversaires et aussi à ceux qui, dans son camp, sont désormais hostiles à son maintien.

Il est systématiquement privé du contact direct avec les Français, ses messages sont sans cesse parasités. C’est le paradoxe de sa campagne, impossible dans de telles conditions. François Fillon est contraint de jouer en défense. Il est empêché de mettre en avant ses propositions. Il était arrivé jusqu’ici à solidifier une bonne partie de la base électorale qui lui était acquise dès la primaire de la droite. Mais il lui est aujourd’hui impossible de l’élargir. Les sondages reflètent exactement cette situation. Il perd des points et le duo Emmanuel Macron -Marine Le Pen est installé aujourd’hui en candidats en second tour.

A ces difficultés s’ajoutent de nombreuses défections dans son camp. Dans son entourage, parfois proches et moins proches tirent leur révérence et, en s’en allant, disent tout le mal qu’ils pensent de ce maintien contre vents et marées. Ce fut le cas pour Bruno Le Maire mercredi et de ses amis jeudi derniers. Des juppéistes de poids sont eux aussi partis. Alain Juppé, lui-même, n’a pas ménagé  ses critiques. Dominique de Villepin est sorti de son silence pour dénoncer dans le Figaro « une course vers l’abîme ». Des salariés de l’équipe de campagne ont choisi de quitter le navire.

Qu’importent les raisons (opportunisme ou indignation) , voilà qui complique encore la tâche du candidat qui pense que « la base, elle, tient »…Enfin lundi 6 mars, les sarkozistes lui ont demandé « de se choisir lui-même un successeur » après le retrait définitif d’Alain Juppé.

François Fillon a alors expliqué au comité politique des Républicains, lundi soir, que «le retrait d’Alain Juppé a confirmé qu’il n’y avait pas de plan B, il est temps maintenant que chacun se reprenne!». François Fillon, Nicolas Sarkozy et Alain Juppé devraient ainsi se voir très prochainement.

Mais une dynamique positive est une sorte de prérequis pour prétendre avancer dans une élection présidentielle, une équipe mobilisée par quelques certitudes est indispensable. Et cela fait défaut, pour l’instant, doit-on dire en euphémisant, à la campagne de François Fillon.

Jamais dans un scrutin comparable, l’incertitude n’avait atteint une telle ampleur. Le désarroi et le désordre régnant dans le camp d’un des favoris il y a seulement quelques semaines complique encore la donne. Que deux candidats importants (François Fillon et Marine Le Pen) s’en soient pris à la justice n’annonce pas un retour rapide à l’apaisement.

Date de dernière mise à jour : 07/03/2017