Empoisonnements à Besançon : les dessous d’une affaire hors normes

A la clinique Saint-Vincent, et par ricochet à la Polyclinique de Franche-Comté, elle aussi concernée, on peine à s’en remettre. La mise en examen d’un médecin-anesthésiste réputé de la place bisontine, ce lundi par le parquet, a suscité un vif émoi collectif, tant « dans la vraie vie » que sur les réseaux sociaux.

Ce praticien de 45 ans est soupçonné d’avoir sciemment empoisonné sept patients, qui ont alors été victimes d’arrêt cardiaque suite à une opération chirurgicale. Deux d’entre eux sont décédés, malgré les tentatives de réanimation. Le mis en cause, dont les compétences professionnelles sont louées par ses pairs, nie toute implication dans ces sept incidents de bloc.

La situation alimente la machine à fantasmes… Un anesthésiste-tueur, est-ce bien sérieux ? Le parquet en est convaincu. Pour la vice-procureure de Besançon, Christine de Curraize, qui recevait ce mardi les médias régionaux et nationaux, l’existence « d’indices graves et concordants » est indéniable.

Quel serait le mobile ?

À ce stade des investigations, aucune autre personne n’est suspectée. Reste néanmoins à déterminer le mobile présumé, crucial pour étayer l’accusation. Et là, le mystère s’épaissit… Un règlement de comptes professionnel par patients interposés ? Un syndrome mégalomane de toute puissance, qui l'aurait incité à « jouer » avec la vie de ses victimes ? On bascule, là, dans le domaine des conjectures.

L’action judiciaire en cours, en revanche, est des plus concrètes, et a été déclenchée suite à deux accidents cardiaques consécutifs, survenus au bloc opératoire de la clinique Saint-Vincent les 11 et 20 janvier derniers. Comme l'exige le protocole, l’Agence régionale de santé a aussitôt été alertée et une enquête médicale a été initiée. Très vite, l’hypothèse d’une simple erreur s’est dégonflée, au profit d’un scénario beaucoup plus inquiétant.

« Au regard de la nature et des doses des substances introduites dans ces poches de perfusion, il ne pouvait s’agir que d’actes volontaires, de nature à entraîner la mort des patients à qui ces substances étaient destinées », estime Christine de Curraize pour le parquet. En l’occurrence, du potassium au milieu d’un soluté de réhydratation, et de l’anesthésique au milieu de paracétamol. Le tout à des doses létales. Pour ces deux cas, le médecin suspecté s'était porté au secours de la victime, en arrêt cardiaque, et l'avait sauvée.

Les investigations menées par la suite ont révélé cinq autres faits antérieurs, un en 2008 (mortel), trois en 2009 (non mortels) et un en 2016 (mortel). Tous ont été requalifiés en « empoisonnement avec préméditation ». La peine encourue n’est pas de trente ans, mais bien la réclusion criminelle à perpétuité, la préméditation étant une circonstance aggravante.

D’autres faits d’empoisonnement pourraient apparaître

Si la culpabilité du médecin est démontrée par l’instruction en cours, le scandale pourrait même être plus large encore… « On n’est pas à l’abri que ce dossier s’élargisse avec d’autres cas », confie Christine de Curraize. Non plus sept empoisonnements, mais huit, neuf, dix, ou davantage ? D’autres événements indésirables graves (EIG, dans le jargon médical) constatés à Besançon, et qui pourraient concerner le suspect, sont en tout cas passés au crible par les enquêteurs.

« C’est un dossier qui va nécessiter un certain nombre d’investigations, d’expertises médicales et autres, et qui risque donc de prendre du temps. C’est aussi pour cela qu’il a été confié à deux magistrats en cosaisine », prévient Christine de Curraize.

Le parquet a par ailleurs fait appel de la décision du juge des libertés et de la détention, qui avait opté lundi pour un placement sous contrôle judiciaire simple. Le ministère public entend insister pour demander l’incarcération du praticien à titre provisoire, ou à défaut, la mise en place d’un bracelet électronique. Dans l’attente des conclusions de l’enquête, il lui est interdit d’exercer son activité de médecin.

Date de dernière mise à jour : 11/03/2017