Emmanuel Macron, la partie de tétris et la campagne

Le début de campagne fut "horizontal" (consultation, questionnaires, porte-à-porte). Le candidat d'"En marche" revendique maintenant la "verticalité" (décisions centralisées). Pourquoi ?

Horizontal ou vertical : dans quel sens fonctionne le mouvement En Marche ? Depuis le début de la campagne, le parti d’Emmanuel Macron ressemble à ces barres au jeu Tétris, dont on ne sait plus vraiment dans quel sens les orienter pour gagner.

Initialement, la campagne du candidat fut marqué par l’horizontalité. Souvenez-vous : il était question d'un projet construit par le bas, au plus près des Français, grâce à des consultations, des questionnaires et des dizaines de milliers de portes frappées par les fameux "marcheurs" (les militants du mouvement).

L’intelligence collective devait fournir le matériau pour un diagnostic et des propositions. « C’est NOTRE projet », affirmait (ou plutôt s’égosillait) Emmanuel Macron à la fin de son meeting parisien du 10 décembre. A cette époque, il aurait pu faire siens les propos d'un certain Benoît Hamon : 

Sauf que le mouvement En Marche est depuis devenu beaucoup plus vertical. Le programme n’est d’ailleurs plus une priorité, Emmanuel Macron l'a dit ouvertement hier dans le Journal du dimanche : "C’est une erreur de penser que le programme est le cœur d’une campagne", "la politique, c’est mystique." Ce qui compte, dit-il, c’est une "vision". Le candidat d’En Marche ajoute qu’il assume la "verticalité", c'est-à-dire la centralisation de la décision, un certain Césarisme très Vème république. Emmanuel Macron pourrait citer le néologisme de Jacques Chirac :

"Un chef, c'est fait pour cheffer"

Cette logique "verticale" est d'ailleurs très nette pour le choix des candidats estampillés « En marche » aux législatives. On en avait parlé ici même : ils seront désignés, non par des votes locaux d’adhérents, mais depuis Paris, par une commission d’investiture au sommet du mouvement "En marche".

Si l’horizontalité proclamée au début était une logique politique, elle n’a pas duré. Si elle était un simple storytelling, elle a été jetée à la corbeille des récits usagés.

Pourquoi ce changement ? Sans doute parce qu’un programme se vérifie, se chiffre, se contredit ; une mystique, assez peu. La pratique journalistique du fact-checking peut démonter un programme fiscal, mais pas une icône, pas une incarnation, comme le note mon confrère Vincent Glad. C'est donc plutôt habile.