Emmanuel Macron à Lyon : toujours flou

Le strip-tease, un art vivant ancien et démodé, avait pour double caractéristique de promettre au spectateur une issue agréable et de mettre un certain temps à tenir ce délicieux final d’une vérité toute nue. Cette métaphore me vint à l’esprit en suivant le discours d’Emmanuel Macron à Lyon, ce samedi 4 février, sur le vaste écran de télévision de l’arrière salle d’un café de l’avenue de la Grande Armée avec les joyeux drilles de la section Paris 16 En Marche ! (Disent-ils « section » ? Peut-être pas. Cellule non plus, sans doute. Il me faudrait demander à la gentille « référente territoriale » du quartier comment ils nomment leurs groupes de militants.)

Tel le spectateur mentionné plus haut, je fus séduit. Et à la fin, contrairement à lui, plutôt déçu.

La France en marche, une belle promesse

La promesse de Macron d’une France remise en marche me plaît infiniment. Elle fut déclinée ce samedi en une lente trilogie articulée autour de la devise républicaine, Liberté, Égalité, Fraternité. Un beau discours dénonçant « les passions tristes » des populistes pessimistes, et « la lèpre démocratique de la défiance » que provoquent l’indignité et la malhonnêteté de certains politiques.

Macron a cité le poète René Char et son « amour farouche » des siens, et le Prince de Ligne, aussi, en évoquant l’Europe, qui avait demandé à sa femme, au retour d’une campagne militaire, si elle lui était restée fidèle, et celle-ci répondit : « souvent ». Tout comme les milliers de spectateurs du meeting de Lyon, la vingtaine de militants du 16e éclatèrent de rire. Et c’est vrai, nous devrions nous aussi être fidèles à l’Europe, aussi souvent qu’il est possible.

Belles promesses mais toujours du flou

Mais malgré le talent oratoire de Macron, ses déclarations d’intentions tout à fait honorables, malgré les promesses nombreuses d’une France en sûreté, laïque et innovante, créatrice, malgré l’annonce bienvenue d’un combat pour l’égalité « qui n’est pas l’égalitarisme », d’une fraternité qui s’exprime par l’écologie, l’Europe et un mode de développement économique durable, l’éloge de « la bienveillance comme hygiène démocratique », malgré tout, donc, au final, j’attendais « la vérité toute nue », c’est-à-dire un programme et des chiffres. Rien de tout cela n’est apparu.

Au fond, cette question de programme chiffré qui, elle aussi, est promise pour bientôt avec l’aide de l’économiste Jean Pisani-Ferry, n’a sans doute plus beaucoup d’importance. Emmanuel Macron — c’est très nouveau — n’est plus en concurrence avec François Fillon, mais avec Marine Le Pen. Et ça change tout.