Des excuses mais pas de faute: l'opération vérité

Son entourage avait prévenu qu'il s'adresserait aux Français. Mais c'est en réalité à la droite et à elle seule que François Fillon a parlé ce lundi 6 février au cours d'une conférence de presse de la dernière chance organisée à son QG de campagne. Un lieu dont il ne compte pas partir tout de suite -le pupitre indiquait bien fillon2017.fr- malgré la polémique sur l'emploi de sa femme comme assistante parlementaire. "Je suis debout et j'irai jusqu'au bout" a assuré l'ancien premier ministre, près de quinze jours après les premières révélations.

Droit dans ses bottes, il a repris et appuyé l'essentiel de sa défense aperçue en fin de semaine dernière sur Facebook. La principale nouveauté de sa défense vient finalement des "excuses" présentées pendant son introduction. Pas un grand mea cupla ni même la reconnaissance de la moindre faute au sens juridique du terme. Car selon lui, "tous les faits sont transparents et légaux". S'il s'est résolu à un petit acte de contrition, c'est parce qu'il est venu sur le terrain de la morale.

"Ma collaboratrice mais pas ma subordonnée"

Oui, il a reconnu avoir employé son épouse à partir de 1988 -et non 1997 comme il l'avait reconnu sur TF1 alors qu'il n'avait pas encore "digéré ce coup dans l'estomac"- pendant de longues années jusqu'à la fin de l'année 2013. Et s'il n'a apporté aucune preuve tangible de ce travail, il a expliqué que celui-ci avait été "indispensable", énumérant la gestion de son agenda, des représentations lors de manifestations culturelles ou la réception des doléances de ses administrés.

Et tant pis si Penelope Fillon a elle-même reconnu en 2007 dans une interview à une journaliste anglaise diffusée récemment par France 2 n'avoir jamais été l'assistante de son mari "ou quoi que ce soit dans le genre". "Oui mon épouse était au courant, mon épouse est ma collaboratrice mais pas ma subordonnée", s'est défendu François Fillon. Au passage, il a affirmé que la journaliste auteur de l'interview de sa femme l'avait contactée pour se dire choquée par l'affaire; ce que l'intéressée a aussitôt vivement démenti.

Au cours de cette intervention largement marquée par une défiance très prononcée envers les médias, le candidat a dénoncé le procédé qui consistait à additionner toutes les sommes perçues par sa femme "sur 15 ans". Quand Le Canard enchaîné évoquait 831.000 euros brut, François Fillon a affirmé que cela représentait 3677 euros net par mois en moyenne. "J'ai toujours fait de la transparence une exigence", a-t-il ajouté promettant (pour dans la soirée) la publication de la liste de tout ce qu'a touché sa femme et énumérant tout son patrimoine.

Quant à ses enfants, rémunérés eux-aussi un peu plus de 3000 euros par mois, François Fillon a confirmé qu'ils avaient bien travaillé avec lui au Sénat: sa fille l'a surtout aidé à la rédaction de son livre sorti en 2006 tandis que son fils a fait un travail "de documentation" pour le programme présidentiel de Nicolas Sarkozy. "Il m'a aidé à me préparer à être premier ministre", a-t-il précisé rejetant le fait qu'il a travaillé pour la campagne du candidat UMP à la présidentielle. Mais surtout, il a ajouté qu'en vertu de la séparation des pouvoirs, personne à part lui, n'est en droit de contrôler si ce travail entre effectivement dans le champ de ce qu'on peut attendre d'un assistant parlementaire.

"Une erreur qu'il regrette profondément"

En clair, il affirme que jamais personne ne pourra prouver que ses enfants ou sa femme ont bien réalisé un travail d'assistant parlementaire. Surtout pas le parquet financier qui a lancé une enquête préliminaire "mais qui n'est sans doute pas compétent".

Ce à quoi le parquet a rapidement répondu via un communiqué, affirmant que "l''enquête se déroule dans le strict respect de l'article 11 du code de procédure pénale", qui régit le secret de l'enquête et la possibilité pour le procureur de rendre public certains éléments, "avec la célérité et la sérénité appropriées".

Malgré toutes ces explications qui le confortent, selon lui, dans son bon droit, François Fillon a tout de même présenté ses excuses. Il l'a fait parce que dit-il, les Français n'acceptent plus ces pratiques aussi légales fussent-elles. "J'ai privilégié cette collaboration de confiance qui aujourd'hui suscite la défiance. C'était une erreur, je le regrette profondément. Je présente mes excuses", a-t-il déclaré. S'il comprend l'émoi suscité, pas question de rembourser le moindre centime, comme lui avait suggéré une députée Les Républicains.

Date de dernière mise à jour : 08/02/2017