"Cruel", portrait d'un tueur en série vu de l'intérieur

Réminiscence, résilience, souvenirs abreuvent souvent l’envie, le désir, le besoin d’un réalisateur de se confier pour partager, dans le meilleur des cas, une expérience universelle dans son premier film. Eric Cherrière, qui signe "Cruel", a remporté le Grand prix du Festival du Polar de Cognac en faisant le portrait d’un tueur en série hanté par l'enfance : rencontre d'un cinéaste avec son sujet

 

Abandonné

Froid. Froid comme la mort. Pierre Tardieu (Jean-Jacques Lelté, beau, banal et inquiétant sans l'être trop) n’est personne. Transparent, invisible, personne ne le voit ni le remarque. Il n’a aucun ami, pas de proches ni de famille, hormis son père, hémiplégique, sans parole, dont il s’occupe tant bien que mal, avec une aide à domicile. Travaillant par intérim, il n’a pas de collègues avec lesquels se lier. Pierre se réfugie dans de vieux films de famille, de vacances à la mer, où il voit sa mère, alors vivante (est-elle morte ? est-elle partie ?). Il se reconnait aussi dans ce garçonnet souriant qui voulait alors "avoir une fusée, être chevalier". Il ne le sera jamais..