Contrôle technique : ruée dans les centres

L’arrivée du nouveau contrôle technique, le 20 mai, provoque la panique chez certains automobilistes qui se ruent dans les centres agréés du Sundgau comme d’ailleurs. Les clients veulent éviter de payer plus cher et redoutent le durcissement des contrôles. Commentaires et décryptage de Jonathan Schmitt, responsable du centre Autovision d’Altkirch.

Les centres de contrôle technique connaissent une affluence record ce printemps. Et pour cause : les clients anticipent la réforme du 20 mai, qui rendra le contrôle plus exigeant, plus sévère en matière de réparations, et plus coûteux. Dans le centre Autovision d’Altkirch, voilà deux mois que l’agenda est plein jusqu’à fin mai. Le responsable, Jonathan Schmitt, a répondu à nos questions.

Comment expliquez-vous ce rush dans les centres de contrôle technique ?

De fausses informations sont parues en début d’année et ont affolé les gens. Ils ont été pris de panique début avril. Résultat : tous les centres de contrôle du secteur sont complets jusqu’au 20 mai ! Avec la réforme, il faudra contrôler des points supplémentaires : de 123, on passe à 132 points de contrôle. Mais ce qui change surtout, ce sont les défauts : avant, il y avait 411 défauts constatables, désormais il y en a 606. Un client est venu passer le contrôle par anticipation un an et demi avant la date limite ! Pourtant, son véhicule était nickel : pas de rouille, pas de fuite, 40 000 km au compteur… À partir du moment où le véhicule est entretenu et suivi par un professionnel, il n’y a pas de problème. Ce client aurait passé le contrôle sans souci après le 20 mai.

Sans doute, mais après le 20 mai, il aurait payé 8 à 10 € de plus le check-up de sa voiture. Avec le risque d’avoir une contre-visite, elle aussi plus chère…

Les tarifs vont augmenter, mais pour nous aussi, les contrôleurs, cette réforme a un impact. Elle va engendrer plus de travail sur chaque véhicule, si bien que nous n’en contrôlerons plus que sept ou huit par jour au lieu de dix actuellement. Les contre-visites pour les défauts critiques prendront elles aussi plus de temps… Et cela représentera pour nous une plus grande responsabilité.

En quoi vous sentirez-vous plus responsables ?

Les défauts seront classés en trois catégories : mineur, majeur et critique avec obligation de réparation dans les vingt-quatre heures. Les défauts mineurs, comme un léger jeu dans une rotule ou un moteur un peu gras, ne seront pas constatés. Nous ne constaterons que les défauts qui présenteront un risque et qui exigeront une contre-visite. C’est nous qui déciderons de les inscrire en défaut majeur ou critique. Ça peut être très subjectif. Prenons une fuite d’huile : elle peut être qualifiée de défaut majeur ou de défaut critique, selon la quantité répandue.

L’avantage du nouveau contrôle, c’est qu’il agira comme un filtre contre les voitures en mauvais état…

C’est vrai, il sera plus sévère. Les problèmes de freinage, même ceux qui ne sont pas graves comme un flexible légèrement craquelé, seront d’emblée classés en défauts majeurs, avec obligation de faire réparer le véhicule et de faire constater les réparations lors de la contre-visite dans un délai de deux mois.

L’idée des défauts critiques est inspirée des poids lourds. Avant, un véhicule présentant une grosse anomalie pouvait rouler encore deux mois sans problème, jusqu’à la contre-visite. À partir du 20 mai, ce ne sera plus possible : le propriétaire aura 24 heures pour effectuer la réparation ou, du moins, confier sa voiture à un garagiste. Si, le lendemain de la visite, il se fait contrôler par les forces de l’ordre, il pourra voir son véhicule immobilisé, placé en fourrière ou transporté dans le garage le plus proche. À ses frais bien sûr.

Des automobilistes craignent, à juste titre, de ne pas pouvoir faire réparer un défaut critique en 24 heures… Les comprenez-vous ?

Le gros souci sera de trouver des professionnels disponibles qui prennent le véhicule et qui obtiennent les pièces rapidement. De nos jours, il y a peu de stock dans les garages. Alors il sera intéressant pour les garagistes d’avoir beaucoup de véhicules de prêt pour dépanner les clients dont la voiture a un défaut critique…

Avec cette réforme qui chasse plus de défauts, le nombre de contre-visites risque d’exploser. Combien en effectuez-vous actuellement ?

Dans notre centre, nous effectuons en moyenne 17 % de contre-visites, parmi lesquelles 5 % seulement concernent des défauts critiques. Certaines voitures ne devraient plus pouvoir circuler. Les propriétaires le savent mais ils ne font rien. La voiture passe en dernier dans leur budget. Ils préfèrent s’acheter une nouvelle télé, un nouveau canapé… J’ai déjà vu des automobilistes arriver au volant d’un véhicule sans frein ! Ils utilisaient le frein à main… Même problème avec les pneus lisses, très dangereux par temps de pluie. Certains  attendent le dernier moment pour les changer. Ils finissent par rouler sur la partie métallique, ça ne les dérange pas ! Mais je vous rassure, ces comportements restent rares. Dans le Sundgau, il y a plutôt un bon parc automobile. On a aussi un certain souci de la sécurité, pour soi comme pour les autres.

Pensez-vous que la réforme va réellement inciter les automobilistes à mieux entretenir leur voiture ?

Oui, même si le contrôleur n’a ni le pouvoir d’immobiliser le véhicule, ni celui d’obliger le client à aller dans un garage. On ne peut que l’informer de l’état de son véhicule. On est agrémentés, pas assermentés. Je pense que les précontrôles seront plus nombreux : les gens vont demander à leur garagiste de réviser la voiture avant de passer le contrôle technique.

Approuvez-vous cette réforme, à titre personnel ?

La réforme est bonne, ça permettra aux automobilistes de circuler plus en sécurité. Mais elle aurait pu être encore meilleure en ciblant quatre ou cinq points de contrôle qui empêcheraient immédiatement le client de rouler avec son véhicule : freins, pneus, corrosion perforante sur les longerons… Au lieu de ça, on a fait un défaut générique critique de toutes les corrosions perforantes, alors qu’une aile ou un bas de caisse perforé ne présente pas de danger.

Je regrette aussi que les défauts mineurs ne soient plus renseignés sur le contrôle technique. Seule la révision du garagiste permettra de les révéler.  Ça peut être une mauvaise surprise pour les acheteurs de véhicules d’occasion.

Date de dernière mise à jour : 08/05/2018