Aulnay : «Théo fait bonne figure mais on ignore ce qu’il ressent

Leur pas est lourd. Leur visage fermé. Leurs yeux cernés. Il est 23 heures ce mercredi. Les couloirs de l’hôpital Robert-Ballanger à Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) sont vides. Mickaël et Eléonore, la trentaine, se laissent tomber sur un banc. Cela fait bientôt une semaine qu’ils ne «dorment pratiquement plus» et «mangent très peu». Jeudi dernier, Théo, leur frère de 22 ans, a subi une interpellation policière d’une violence terrible. Sur l’esplanade du «Cap», au cœur de la cité des 3 000, il s’interpose à un contrôle d’identité. Le jeune homme devient alors la cible de quatre agents qui décident de l’interpeller. Théo prend de nombreux coups, puis, d’un geste horizontal, un policier lui enfonce sa matraque dans l’anus. Dans un document audio enregistré par son avocat, Théo raconte : «J’étais de trois quarts, je voyais ce qu’il faisait derrière moi. Je l’ai vu avec sa matraque : il me l’a enfoncée dans les fesses, volontairement. Je suis tombé sur le ventre, j’avais plus de force, on dirait que mon corps m’avait laissé.» Puis il explique que son calvaire continue : «Dans la voiture, ils m’ont mis plein de coups, des patates, m’ont matraqué les parties intimes, m’ont craché dessus, traité de "négro", "bamboula", "salope". Arrivé au commissariat, un policier m’a dit : "Assieds-toi." Je lui ai dit : "Monsieur, je n’arrive pas à m’asseoir. Il m’a dit : "Allonge-toi, on va quand même t’attacher au banc parce que c’est la procédure."» Opéré en urgence, il souffre d’une «plaie de dix centimètres du canal anal et d’une section du muscle sphinctérien». Des sévices estimés à soixante jours d’interruption temporaire de travail. Un policier a été mis en examen pour viol et trois autres pour violences volontaires.

Date de dernière mise à jour : 10/02/2017