Affaire Troadec : compliqué de nettoyer une scène de l'ADN

Dans l’affaire de la disparition de la famille Troadec, une trace laissée sur un verre, dans la maison d'Orvault, a fait basculer l’enquête. Une pierre à l’édifice apportée par des experts nantais en génétique. Comment travaillent-ils?

À plusieurs reprises, dans la semaine qui a suivi l’ouverture d’une enquête criminelle, la maison de la famille Troadec, à Orvault, a été investie par des hommes en blanc. Des jours durant, des techniciens de police scientifique d’Ecully (Rhône) ont effectué des prélèvements dans toute les pièces du pavillon.

Parmi les empreintes et les traces de sang appartenant à la famille, une trace ADN laissée sur un verre a fait rebondir l’enquête. Elle signait le passage récent d’Hubert Caouissin dans la maison. Le beau-frère de Pascal Troadec, meurtrier présumé des quatre membres de la famille, avait jusque-là assuré aux enquêteurs qu’il n’avait plus de contacts avec elle depuis des années.

« Bons » et « mauvais » donneurs 

L’ADN est ce précieux acide désoxyribonucléique présent dans la salive, la sueur, le sang… que les enquêteurs prélèvent sur les scènes criminelles. Sur de la vaisselle, un interrupteur, des vêtements, un volant de voiture… S’il est présent en quantité suffisante, les experts pourront, en six à dix heures environ, en tirer un profil génétique.

« La quantité d’ADN dépend de la pression exercée sur l’objet, et de la durée pendant laquelle la personne l’a tenu » explique le docteur Olivier Pascal, directeur de l’Institut français des empreintes génétiques (Ifeg), laboratoire nantais qui intervient dans l'affaire d'Orvault. Autre variable : nous ne sommes pas tous égaux devant l’ADN. « Il y a de bons et de moins bons donneurs. Des personnes qui, naturellement, déposent beaucoup de cellules, d’autres moins. »

Linge passé en machine

Sur certaines scènes de crime, des traces ADN sont altérées, voire effacées. Par l’action du soleil, par exemple. « L’ADN n’aime pas la chaleur. Sur le volant d’une voiture, il sera mieux préservé sur les parties restées à l’ombre » précise un expert de l’Institut génétique Nantes-Atlantique (Igna), autre laboratoire nantais également sollicité par les enquêteurs dans l'affaire d'Orvault.

Lorsque l’environnement est favorable, l’ADN résiste très bien au temps. Des mois, voire des années, parfois. Mais comment réagit-il à un grand nettoyage? « En théorie, il n’est pas impossible de nettoyer intégralement une scène. En pratique, c’est compliqué de ne rien laisser passer. On pourra trouver des cellules exploitables sur du linge passé en machine, ou sur de la vaisselle lavée, selon la température de l’eau, la quantité de détergent, l’utilisation ou non de gants… »

Parfois, les objets placés sous scellés sont très altérés. « On ne pourra sortir qu’un profil génétique partiel. Mais cela peut, parfois, être suffisant pour identifier quelqu’un. »

Traces de sang

Il n’y a pas que l’ADN qui parle. Les traces de sang découvertes sur une scène de violence aideront, aussi, les enquêteurs à reconstituer un scénario. C’est le rôle de la morphoanalyse, autre discipline scientifique qui, se basant sur l’observation des traces de sang, peut permettre d'établir où étaient la ou les victimes, le ou les auteurs, quelle arme a été utilisée, le nombre minimum de coups portés…

« On s’intéresse particulièrement aux traces actives, c’est à dire aux projections de sang directement issues d’un coup ; et aux traces transférantes, transportées sous les semelles des chaussures par exemple. » Cette expertise est généralement menée en parallèle avec le rapport d’autopsie. « On est dans le concret, pas dans le subjectif. La morphoanalyse, c’est une aide à l’enquête qui permet, même en l’absence de corps, d’émettre un scénario pour des événements sanglants localisés. »