À Besançon, Fillon fait la pédagogie de son projet

Regonflé à bloc, François Fillon repart à l'assaut de la citadelle Macron. Jeudi, l'ancien premier ministre a choisi Besançon (Doubs) pour illustrer son offensive. Ce n'est pas un hasard: Besançon est une ville de combattants - d'importantes garnisons de l'armée y sont établies - et le maire Jean-Louis Fousseret est un lieutenant du candidat d'En marche!. La cité, détenue par la gauche depuis 1953, «est tendance rocardienne, mêlant héritage du radicalisme et des chrétiens de gauche. Il y a ici une dynamique Macron», confie Pascal Bonnet, un conseiller municipal LR enthousiaste à l'idée de recevoir chez lui le candidat de la droite. «Il est présumé innocent et je ne pense pas que François Fillon soit le pire de tous», dit-il.

Macron, un «golden boy» éloigné des réalités

Dans cette terre industrielle, qui a su partiellement se reconvertir grâce à un tissu d'entreprises innovantes, le candidat s'est plu à présenter l'ancien ministre de l'Économie comme un «golden boy» éloigné des réalités. Devant 3000 militants survoltés, François Fillon s'est décrit en homme «devenu le rebelle que le système n'arrêtera pas». Et de s'en prendre à tous ses rivaux. Hamon, coupable de proposer «une France farniente et de l'irresponsabilité», Le Pen - qui avait fait le déplacement la veille à Besançon - et Mélenchon accusés «de fermer les portes et les fenêtres et de rallumer la bougie», et bien sûr Macron, «le socialisme masqué».

Le candidat n'a pas retenu ses coups. Seul Jean-Pierre Chevènement, le souverainiste de gauche, voisin du territoire de Belfort, qui a dénoncé la veille l'agenda judiciaire autour du «Penelopegate» et le «concubinage» entre justice et médias, a été salué et applaudi. L'ancien ministre de Jospin n'a toujours pas dit quel candidat il soutiendra et, dans l'entourage de François Fillon, on ne s'interdit pas de le convaincre…

Réformer le bac

En attendant, François Fillon tente de rattraper le temps perdu pour refaire la pédagogie de son programme. Face à Annie Genevard, la députée du Doubs, fidèle de toujours citée comme possible ministre de l'Éducation en cas de victoire, François Fillon a parlé de l'école. Avec des mesures qui permettront au candidat de cliver avec la gauche pour mieux décourager ses troupes de partir vers Emmanuel Macron. Port de l'uniforme scolaire, abrogation de la réforme du collège de Najat Vallaud-Belkacem (particulièrement huée), réhabilitation du brevet des collèges, scolarité obligatoire dès l'âge de 5 ans, recrutement des professeurs du second degré par les chefs d'établissement et sélection à l'université… Autant de marqueurs chers à la droite.

Dans la ville natale de Victor Hugo, rattachée à la France sous Louis XIV, François Fillon a fait l'éloge de l'apprentissage des fondamentaux, des dates et des grands personnages de la nation. Une promesse qu'il avait déjà déroulée lors de la primaire, non sans un certain succès. Celui qui fut un éphémère ministre de l'Éducation nationale sous Chirac a promis de réformer le bac en élevant le niveau d'exigence et en limitant les épreuves à quatre. Lui, qui en 2005 s'était cassé les dents sur cette réforme, jure qu'il y parviendra.

Dans la salle, l'ancien sarkozyste Éric Ciotti n'a pas boudé son plaisir à l'évocation de la suppression des enseignements de langues et de culture d'origine pour les élèves issus de l'immigration. La proposition de suppression des allocations de rentrée, allocations familiales et bourses aux familles d'élèves peu assidus - qui seraient renvoyés vers des établissements spécialisés dans la réinsertion scolaire - réjouira encore plus les sarkozystes qui prennent du galon dans la nouvelle équipe de campagne. Dans le Doubs, où Nicolas Sarkozy a fait des scores honorables lors de la primaire, François Fillon s'est s'employé à balayer l'affaire qui a tant perturbé sa campagne. «On ne devient pas président sans avoir été attaqué, injurié et écorché», a-t-il lâché en se présentant comme «un patriote qui a donné le meilleur de lui-même».

Date de dernière mise à jour : 11/03/2017