Particularité d'une élection

La Ve République confère au président de la République une centralité à contre-courant de toute l’histoire constitutionnelle française antérieure. L’élection du président au suffrage universel, que le général de Gaulle n’avait pas mise en place en 1958, résulte d’une réforme de 1962 largement combattue à l’époque (et pas seulement par la gauche) et pourtant solidement ancrée dans notre culture politique actuelle. En quelques années, les Français sont passés d’un régime d’assemblée à un régime présidentiel, l’élection du chef de l’État commandant toutes les autres.

La réforme de 2000 qui a consisté à réduire la durée du mandat présidentiel de sept à cinq ans, approuvée par référendum, a renforcé ce caractère fondamental, le calendrier privilégiant l’hypothèse d’élections législatives se déroulant immédiatement après la présidentielle et confirmant celle-ci.

Le rôle clé de l’élection présidentielle est acquis pour tous les acteurs : les politiques eux-mêmes (les petits partis savent que cette élection est une tribune qu’il serait dommage de boycotter, quoi qu’ils pensent par ailleurs de la prééminence présidentielle) ; les journalistes et commentateurs, qui nourrissent (et se nourrissent) d’un feuilleton parfaitement ajusté aux canons médiatiques (hyperpersonnalisation, élimination en deux temps des candidats, duel entre les deux tours, finale avec triomphe d’un côté et défaite de l’autre)… ; les électeurs enfin qui, même lorsqu’ils ne s’intéressent que modérément à la politique, acceptent volontiers de se prendre au jeu. Même dans un contexte de recul de la participation électorale, l’élection présidentielle suscite l’intérêt d’une majorité de Français, c’est le scrutin pour lequel ils se déplacent le plus volontiers.

Dans les régimes parlementaires classiques, seule l’assemblée souveraine dont émane le Premier ministre est élue, le chef d’État n’ayant qu’un rôle symbolique (c’est le cas dans les monarchies britannique, belge ou espagnole, mais aussi pour la présidence allemande ou italienne). L’élection directe du président se retrouve, outre en France, aux États-Unis (encore que le système des grands électeurs relève du suffrage universel indirect), en Pologne, au Portugal, au Brésil…