Une dizaine de chats victimes d'un empoisonneur

Depuis un mois, les découvertes de chats morts ou agonisant se multiplient dans le quartier de la médiathèque, suggérant qu'un empoisonneur est à l'œ“uvre. Alors qu'une dizaine de victimes sont décomptées, les habitants tirent la sonnette d'alarme. Une plainte va être déposée.

«Une dizaine de chats ont été empoisonnés récemment, dont plusieurs que je soignais et qui étaient apprivoisés. Deux sont actuellement en soins chez le vétérinaire (...) et on ne sait pas s'ils vont survivre. Ils ont été retrouvés agonisant dans de grandes souffrances.»

Depuis deux semaines, Natacha colle ces affichettes dans le quartier de la Trinité, photos des victimes à l'appui, pour sensibiliser les habitants à une série de morts suspectes de félins retrouvés dans les rues de l'Inde, de l'Europe et sur le parking de la médiathèque François-Mitterrand. Elle compte au moins une dizaine de chats empoisonnés, sans doute plus car "beaucoup ont disparu, qui seront morts dans le coin sans qu'on les ait trouvés."

"À‡a a commencé il y a environ un mois", raconte cette habitante du quartier et "amie des animaux." "Je m'occupe de nourrir et soigner certains chats du quartier, qui sont par ailleurs très appréciés de la majorité des habitants qui les nourrissent aussi avec bienveillance. Un monsieur vient alors me dire qu'il a trouvé six ou sept chats morts ou agonisants sous sa voiture. On a pu en sauver un", raconte Natacha.

Deux semaines plus tard, le 29 mars, elle croise Glouglou, une autre chatte qu'elle connaît bien qui titube sur le rond-point, visiblement très malade. Puis encore une autre, Folcoche, dans le même état le lendemain. La jeune femme décide de les emmener à ses frais chez le vétérinaire, qui conclut dans son rapport à «une forte suspicion d'empoisonnement avec atteinte neurologique.»

Les chats se font administrer un vomitif, poser un pansement gastrique et sont perfusés pendant 24 heures pour limiter l'absorption du poison. Du Valium est également donné pour calmer les convulsions. Les animaux sont ensuite envoyés à la clinique Eucalyptus à La Montagne, qui s'occupera de les stériliser et de les placer.

«Le produit utilisé est probablement un anti-parasite qui fait convulser les chats et provoque la mort par asphyxie ou épuisement. Du coup, ils agonisent pendant des heures voire des jours», décrit Natacha, proche de plusieurs associations de défense des animaux. Selon toute vraisemblance, l'empoisonneur utiliserait des boulettes de viande pour rendre appétant le produit utilisé.

Qui peut prendre ainsi un malin plaisir à faire souffrir ces animaux ' «Je ne comprends pas, car la plupart des habitants du quartier s'occupent bien de ces chats errants, ils disent qu'ils chassent les rats. Et il y a eu aussi des victimes parmi des chats domestiques que leurs maîtres laissent sortir quelques heures par jour.»

Si Natacha reconnaît «une surpopulation de chats» dans le quartier, ce n'est pas non plus «l'envahissement». «On s'occupe de faire des stérilisations et des adoptions pour réguler la population», précise la Dionysienne.

«Il faut arrêter le massacre», s'indigne cette dame d'un immeuble voisin, souhaitant garder l'anonymat «par peur de représailles.» Ces dernières semaines, elle a retrouvé morts à l'arrière de la médiathèque une chatte, puis son chaton dont elle s'occupait. «C'est choquant. Si des gens n'apprécient pas les chats, qu'ils appellent la fourrière. Là c'est de la cruauté gratuite.»

Natacha a pris contact avec le Collectif réunionnais d'assistance et de protection des animaux (CRAPA), qui devrait prochainement déposer plainte contre X pour ces empoisonnements en série.

Les atteintes aux animaux punies par la loi

La loi française réprime les mauvais traitements envers les animaux, qu'ils soient sauvages, domestiques, apprivoisés ou en captivité.

Ainsi, selon l'article 655-1 du code pénal, le fait, sans nécessité, de donner la mort volontairement à un animal est puni d'une contravention de 5e classe, soit 1500 euros, peine qui peut être doublée en cas de récidive.

Au terme de l'article 521-1 du même code, les sévices graves, de nature sexuelle ou actes de cruauté envers un animal sont passibles de deux ans d'emprisonnement et 30 000 euros d'amende.