Des stages pour les bourreaux d'animaux

C'est une première en France. Aujourd'hui, le parquet de Saint-Pierre et l'association Galiendo signeront une convention pour la mise en place de stages de respect de l'animal pour les personnes accusées de maltraitances. Rencontre avec Me Arielle Moreau, avocate impliquée dans ce projet.

SAINT-PIERRE

En quoi consiste la convention signée aujourd'hui au parquet de Saint-Pierre ?

C'est l'aboutissement d'un projet mené avec l'association Galiendo et qui a tout de suite trouvé un écho favorable auprès du procureur de Saint-Pierre. Il s'agit de mettre en place une alternative aux poursuites pour les personnes qui ont maltraité des chiens ou des chats. À l'instar des stages de citoyenneté ou de sensibilisation à la sécurité routière, ce dispositif sera proposé au délinquant qui pourra ainsi éviter un procès.Comment se déroulera ce stage ?

Cela se passera au refuge SPA de Pierrefonds, sur 4 ou 5 jours. La personne sera sensibilisée au bien-être animal. Il participera aux soins, à l'alimentation, aux promenades... Le tout encadré par un membre de Galiendo. Cette association est notamment connue pour ses interventions à la prison du Port. Le principe est de créer du lien entre des détenus et des chiens. Ces ateliers participent à la réinsertion : s'occuper d'un animal permet d'inclure la personne dans une relation de respect et d'empathie. Cette convention ne concerne pas le milieu carcéral mais rentre dans le même état d'esprit. L'idée est de provoquer une prise de conscience sur la maltraitance animale mais aussi sur son comportement en général.

Et c'est une première en France...

Oui, il s'agit d'un projet pilote et on espère l'étendre. On a déjà de bons contacts avec les parquets de Saint-Denis et Mayotte. Et des ONG partenaires y travaillent aussi en métropole. Ce dispositif est intéressant pour tout le monde. Les poursuites pour maltraitance envers un animal sont souvent classées, notamment parce que les tribunaux sont saturés. Cette alternative permet à la justice d'infliger une sanction en s'épargnant le coût d'une enquête et d'un procès. Avec l'aspect pédagogique en plus. Cette initiative va aussi dans le sens de la nouvelle politique pénale qui veut favoriser ce type d'alternatives aux poursuites.

Et si la personne refuse, que risque-t-elle ?

Un acte de cruauté, d'abandon ou de sévices sexuels sur un animal est passible de 2 ans de prison et 30 000 euros d'amende devant le tribunal correctionnel. Dans les faits, de telles sanctions sont très rares. S'ils ne sont pas classés, les dossiers sont en général renvoyés vers le tribunal de police où la personne ne risque qu'une contravention. D'où l'intérêt de cette alternative aux poursuites qui offre une autre solution aux parquets.